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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 09:04

Bonjour les amis

J' ai vu la semaine dernière Mademoiselle de Park Chan-Wook.

Pour ceux qui ne savent rien de ce film, je conseillerai de lire tout d' abord la critique et présentation de notre ami Fatizo sur le lien ci-dessous

http://fatizo.over-blog.com/2016/11/mademoiselle-de-park-chan-wook.on-est-proche-de-la-perfection.html

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook...un OVNI du  7ème art

Ce film est d' une extraordinaire beauté formelle, d' une esthétique extrêmement soignée et raffinée qui allie exotisme. érotisme et sensualité, mais il est aussi envoûtant, déroutant, surprenant et parfois un peu dérangeant. A mi-chemin entre le rêve et le cauchemar...C' est un labyrinthe où le réel s' échappe sans cesse,s'inverse et où le spectateur perd pied parfois.

C' est comme un kaléidoscope, un jeu complexe de miroirs et de faux semblants.

Il y a un parti pris de l' auteur qui peut parfois agacer mais qu' il faut accepter: ses personnages masculins sont tous assez repoussants.Nous sommes en 1930, à une époque où les femmes dans la société japonaise sont au service des hommes et doivent leur apporter la beauté, l' art, la poésie et doivent aussi les assouvir de leurs fantasmes.Le déséquilibre homme-femme dans le film est très fort et on n' a de sympathie pour aucun MAIS VRAIMENT AUCUN des personnages masculins.Ils sont soit nuls,soit manipulateurs, soit pervers,et parfois ils sont tout ça à la fois, comme le faux comte japonais parfaitement antipathique...

En contrepoint de l' univers aliénant,étouffant,dur, pervers et sophistiqué des hommes, la relation trouble et sensuelle qui lie la servante et sa maîtresse nous plonge au coeur d' une grande histoire d' amour.On reste scotché.... certaines scènes d' une grande sensualité nous laissent momentanément au bord de l' apnée...

Il est parfois difficile pour un spectateur occidental de juger de la vraisemblance psychologique des protagonistes car s' agissant de personnages extrême-orientaux, on ne connaît pas bien leur culture et on ne sait pas toujours ce qui est "normal" chez eux, et ce qui l' est moins...

Juste un exemple: la maîtresse au début du film fait un cauchemar et dort encore avec une poupée qui tient lieu de mascotte, comme si c' était encore une grande enfant...Difficile de savoir pour ceux qui ne connaissent rien à la culture asiatique si ce détail serait habituel ou pas dans les années 30 ( on suppose qu' il ne l' est pas) .

La servante a parfois des réactions qui me semblent très européennes ( ce qui paraît logique si on sait que l' histoire est tirée d' un roman anglais) mais finalement j' ai quand même des doutes sur sa vraisemblance psychologique qui m' a paru culturellement parlant "hybride".

Seuls des japonais ou des coréens pourraient m' éclaircir sur ce point !

Mais peu importe, ce film n' a pas pour objet de nous peindre un tableau fidèle à la mentalité d' une époque et d' une culture, pas plus que le Marquis de Sade n' avait l' intention de nous offrir un portrait psychologique et sociologique exact de son époque, mais plutôt d' inscrire une histoire forte et complètement originale dans un contexte historique donné.

Il y a aussi les préjugés racistes entre les japonais et les coréens qui, au début du film, sont sous-jacents dans les rapports entre la maîtresse japonaise et sa servante coréenne ( là, par contre,on imagine bien que le mépris, le dédain et l' arrogance affichés par les japonais étaient bel et bien réels...mais les spectateurs asiatiques comprendront certainement mieux que nous certaines intentions du metteur en scène et sa relation d' amour-haine vis-à-vis des japonais).

Voici une interview de Park Chan Wook qui nous éclaire un peu sur la perception qu' un Coréen comme lui a de la société et de la culture japonaise

http://www.telerama.fr/cinema/park-chan-wook-pour-un-coreen-la-culture-japonaise-a-quelque-chose-d-effrayant,149458.php

 

 

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook...un OVNI du  7ème art

MADEMOISELLE est vraiment un beau film étrange, envoûtant et original qui sait nous toucher au plus profond de notre sensibilité et de notre être.Le film sait nous troubler grâce à l' immense talent de son metteur en scène et aussi grâce à l' interprétation hors-pair et pleine de sensibilité et de finesse des deux héroïnes.Elles sont inoubliables...toutes les deux !

Elles restent gravées dans mon imaginaire.

MADEMOISELLE, c' est un OVNI du 7 ème art qui ne ressemble à rien d' autre...

Je pense que je vais le revoir au moins une deuxième fois car c' est le genre d' histoire qui, tout comme le 6 ème sens de Shyamalan, donne envie d' être revisionnée en sachant tout depuis le départ.

Par ailleurs, je vais sans doute lire le roman de Sarah Waters pour en savoir davantage sur ce qui a inspiré Park Chan-Wook, et ce qui tient de sa patte personnelle.

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook...un OVNI du  7ème art

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commentaires

fatizo 20/11/2016 19:55

Ton commentaire chez L Hatem m'avait laissé quelque peu perplexe. Ton billet me rassure.
Finalement nous avons vu le même film et ressenti, à peu de chose prêt, les mêmes émotions.
Tu écrits un "OVNI DU 7 ème art", et moi je disais une "oeuvre d'art une véritable oeuvre d'art qui dépasse le seul monde du cinéma."
Car oui, "Mademoiselle" bouleverse tant nos sens qu'on se dit qu'on n'a jamais vu une oeuvre comme celle-ci.
Honnêtement, tous les termes que tu emplois pour décrire cette oeuvre comme exotisme. érotisme, sensualité,envoûtant, déroutant, surprenant, j'adhère à 100%.
Je suis retourné le voir pour avoir plus de recul par rapport à l'histoire.
En le revoyant j'ai découvert à quel point le réalisateur avait pris soin du moindre petit détail, que chaque scène était filmé comme un tableau, avec un plan fixe d'une beauté exceptionnelle avant que les acteurs n'entrent en action.
Et puis bien sur cela m'a permis d'avoir plus de recul pour mieux comprendre les quelques passages qui m'avaient un peu perturbé avec cette double narration .
Je compte aussi lire le roman de Sarah Waters.
Bonne soirée l'ami.

alea-jacta-est 20/11/2016 20:16

Oui, ce film sort vraiment du lot.Je rate beaucoup de films mais il ne fallait pas rater celui-là.Tout comme toi je ressens le besoin d' aller le revoir.J' ai écrit ce billet plus d' une semaine après l' avoir vu et ça m' a permis de bien évaluer à quel point cette oeuvre m' avait imprégné.J' ai été littéralement envoûté par la personnalité des deux jeunes femmes.
Je crois que la " distance" culturelle avec les deux héroïnes ajoute aussi du mystère et du magnétisme.
C' est une oeuvre somptueuse, onirique aussi...
J' ai commencé la lecture du roman.On change complètement d' ambiance.On est dans l' Angleterre victorienne, mais c' est très bien écrit.Encore une fois on est happé par le récit.
Bonne fin de journée l' ami...je suppose que tu vas suivre la soirée électorale.Croisons les doigts

rosemar 20/11/2016 14:08

Le cinéma asiatique est souvent fascinant, surprenant : on y perçoit des obsessions, des désirs, la présence de la mort, de la douleur. J'ai vu un spectacle de danses japonaises, au printemps : c'était très prenant...

http://rosemar.over-blog.com/2016/05/une-etonnante-fete-villageoise-a-gallician.html

Ce film semble magnifique, dans le traitement des images : l'esthétisme était aussi très présent dans ce spectacle de danse.

Belle journée, AJE

alea-jacta-est 20/11/2016 15:54

Oui je me souviens de ton article.On n' a malheureusement que peu d' occasions de voir des spectacles inspirés par des traditions non occidentales.
En ce qui concerne MADEMOISELLE je n' ai pas ( encore) lu l' oeuvre originale de Sarah Waters mais je suis convaincu que l' idée de transposer cette histoire dans la Corée des années 30 est une brillante idée de la part du metteur en scène car cela ajoute ( pour nous les spectateurs occidentaux) du mystère et une certaine forme de magnétisme et d' envoûtement.
La femme est une terre étrangère,disait Arthur Schnitlzer, et ici elle l' est d' autant plus qu' elle appartient à une culture qui n' est pas la nôtre et que nous avons plus nos références habituelles pour situer en un clin d' oeil la psychologie de nos 2 personnages féminins.
Ici, notre ignorance culturelle ajoute au charme et au magnétisme énigmatique de nos deux belles inconnues.
En ce qui concerne l' esthétique du film, il faut préciser qu' elle emprunte à la fois à la culture asiatique mais aussi à la britannique car la maîtresse vit dans un château à l' anglaise construit à l' époque de la colonisation....C' est un mariage parfait.
Bonne fin de journée l' amie

L. Hatem 20/11/2016 11:30

Eh bien, quant à moi, armé d'une carte illimitée, et disposant uniquement des WE où je ne suis pas de garde, je vais chercher à voir des films nouveaux, au lieu de revoir un film, aussi beau soit-il...
Je suis étonné, voire scandalisé, qu'un qu'un film superbe de guerre ait duré une semaine à l'affiche... Voilà un film que j'aimerais revoir : "Tu ne tueras point" !
Bon dimanche l'ami.
On attend le compte rendu de Fatizo concernant son vote à la primaire républicaine...

alea-jacta-est 20/11/2016 12:03

Les belles histoires, celles qui marquent notre imaginaire sont comme les contes de fées de notre enfance.On a envie de les revoir.
Sauf qu' ici le conte est plutôt pour adultes !
MADEMOISELLE possède un montage assez complexe puisqu' on revoit certaine scènes 3 fois( chaque fois sous un éclairage différent), et j' ai vraiment envie de m' y replonger au moins une fois car j' ai l' impression qu' il y a des éléments qui m' ont échappé à la première projection.
Quant au film de guerre dont tu parles, je ne doute pas de ses qualités mais le problème c' est que des dénonciations de la guerre j' en ai déjà vu à peu près 50 mille millions...et quand t' as vu Apocalypse Now ou Platoon par exemple, disons que la barre et assez haut pour ceux qui veulent passer derrière....
Bonne journée l' ami
Oui, on attend avec curiosité un reportage de notre ami au sujet de ces primaires...

L. Hatem 20/11/2016 11:36

Je voulais dire viré de mon cinéma... Il est encore à l'affiche dans certains cinémas de Paris...