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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 08:08

Bonjour les amis,

je viens de voir ( comme toujours avec un certain retard) CAPTAIN FANTASTIC le dernier film de Matt Ross.

C'est une histoire qui commence comme une fable moderne.Une famille américaine désire vivre de manière utopique loin de la société de consommation, frustrante et aliénante, en s' isolant quelque part dans l' immensité des montagnes rocheuses.

Le père Ben, très bien interprété par Viggo Mortensen, se charge de l' éducation des enfants pendant que la maman est à l' hôpital.

Il s' agit d' une éducation authentique, à la fois exigeante et très dure qui devrait permettre aux enfants de devenir des individus très forts, libres et critiques, capables de vivre réellement en harmonie avec la nature.Une éducation qui n' a rien de laxiste, inspirée de l' idéal de la révolution Hippie, de la pensée new-age, de l' écologie, des philosophies humanistes et universalistes.

Par exemple, le jour de Noël est substitué par la célébration de la naissance de Noam Chomsky, père fondateur d' une pensée orientée vers l' entente et le respect entre les peuples.

Pour tout le groupe, tous les jours, ce sont des entraînements sportifs soutenus dans la nature ,exercices de maintien de la forme physique dignes de la préparation des marines américains,chasse au daim, escalades de parois rocheuses suivis d' un apprentissage scolaire exigeant dont se charge Ben.

Ben dont on imagine qu' il a été par le passé un brillant intellectuel apprend à ses enfants les langues étrangères, l' esperanto, la physique quantique, la biologie,à faire des analyses littéraires rigoureuses, etc...Ses enfants sont des petits Rambos capables de survivre dans les milieux les plus hostiles mais également capables d' avoir une réflexion éthique et morale d' un niveau déjà très relevé pour leur âge.

Mais, bientôt, de graves problèmes vont survenir au sein de cette communauté utopique avec le suicide de la mère à l' hôpital. La famille va devoir se confronter au monde qui les entoure, et les préceptes éducatifs imposés par Ben vont bientôt montrer leurs limites.

Ses enfants sont très forts, très préparés mais ont grandi de manière si isolée du reste de la population qu' ils sont en constant déphasage avec leur environnement social ce qui donne lieu à des scènes parfois assez humoristiques.

A partir du suicide de la mère le film prend alors les tournures d' un road movie ( un peu comme le croquignolesque et savoureux  LITTLE MISS SUNSHINE): le groupe  part dans l' autobus familial pour aller assister à l' enterrement de la mère.

Au cours de ce voyage Ben va lutter pour faire respecter les dernières volontés de son épouse, mais il va aussi douter...Ses enfants, à travers leurs problèmes et parfois leur rébellion, vont le faire se remettre en question.

La confrontation et le CHOC de Ben avec son beau-père, magistralement interprété par Jack Langella, est su-bli-me.

Et si l' idée merveilleuse de petite communauté que Ben a eu avec son épouse n' avait peut-être été rien d' autre qu' une ERREUR merveilleuse ?

Le film peut agacer parfois car le réalisateur cherche peut-être à être trop démonstratif,mais en même temps, il soulève bien les questions posées par ces parents qui veulent tout réinventer pour leurs enfants, et qui veulent se substituer aussi à l' école qu' ils considèrent comme complice d' une société perverse et aliénante.

Je précise bien que l' enseignement de Ben est tout le contraire d' un endoctrinement.Il oblige ses enfants à lui fournir un vrai travail critique de réflexion mais leur isolement social a aussi des effets très nocifs.

Peut-on réinventer une société à partir de sa propre famille en l' isolant et sans la convertir en une espèce de secte ?

Pourtant, Ben, même s' il est souvent rigide et exigeant,ne se comporte jamais comme un mini dictateur puisque tous les membres de la communauté ont toujours la possibilité de remettre en cause leurs règles de cohabitation communes si ils sont capables d' exposer de manière argumentée leurs divergences.Il s' agit bien d' une tentative de démocratie directe au sein d' une micro-société composée de membres intelligents et responsables.

Il y a de magnifiques passages dans ce film très sincère qui nous oblige à réfléchir sur notre façon d' éduquer et sur les limites de notre liberté individuelle, et de notre responsabilité en tant que parents.

Et puis, ce film est aussi une belle comédie allègre, et pleine de vie, bien menée.On suit tambour battant et avec ravissement les tribulations joyeuses de ce petit groupe complètement atypique .

Certains trouveront cette histoire assez invraisemblable ou peu crédible  mais le réalisateur s' amuse à pousser jusqu' au bout la logique des parents.

Je ne parlerai pas de la fin si ce n' est pour dire qu' elle m' a plu même si d' autres la trouveront trop en accord avec la bien-pensance américaine.

Nous sommes libres et pouvons mener notre petite révolution sans être systématiquement en rupture de ban avec la société.Il peut y avoir des compromis intelligents...

Ou alors, à trop vouloir corriger certaines servitudes artificielles de notre société moderne on risque de créer certaines carences qui sont encore pires...

Enfin, à une époque, où il y a tant de films creux et superficiels, sans substance, destinés au public familial, on ne peut que saluer une oeuvre grand public qui apporte autant de réflexion , d' intelligence, de sensibilité, d' humour et d' originalité.

A citer par ailleurs la bande-son avec des morceaux classiques et d' autres traditionnels très connus ( dont un de Dylan) mais réinterprétés par nos joyeux protagonistes, notamment une version de sweet child of mine des Gun's N' Roses qui m' est allée droit au coeur...

Je vous mets la bande-son de cette réinterprétation et sachez que la scène est merveilleusement filmée comme une ode à la vie, pleine de poésie, et qu' elle m' a sincèrement ému.Elle mérite d' être écoutée jusque la dernière note de l' harmonica...
 

Voici le NOAM CHOMSKY DAY avec une petite chanson en son honneur...à un moment du film où la petite communauté est en contact avec la société américaine ( le père fait une petite concession et entorse aux règles de vie commune  en servant exceptionnellement un gâteau et une crème parfaitement industriels et chimiques).

CAPTAIN FANTASTIC un conte philosophique à la fois tendre et cruel...

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commentaires

rosemar 27/12/2016 21:21

La socialisation et la culture commune me semblent si importantes : je me demande si je pourrai apprécier un tel film. Une utopie qui paraît un peu banale ??

Belle soirée, AJE

alea-jacta-est 27/12/2016 22:47

Ah oui...j' oubliais.Parmi les références philosophiques il faut aussi citer UNE SOCIETE SANS ECOLE un essai d' Ivan Illitch qui a été une référence dans les années 60.Tout le monde est à la fois prof et élève..une société du partage de la connaissance.le film de Matt Ross s' inscrit dans cette belle utopie.

alea-jacta-est 27/12/2016 22:41

La socialisation fait partie de la culture des enfants de Ben.Simplement c' est une micro société.La culture commune n' est pas absente de l' éducation que Ben donne à ses enfants.Simplement ceux-ci connaissent le monde extérieur par ses représentations.On n' est pas loin du mythe de la caverne de Platon.Et en fait les enfants de Ben ont des connaissances bien plus approfondies que la moyenne des jeunes de leur âge.
Je crois que ce film est plus fort dans son message qu' il n' y paraît au premier abord.
Ben y acquiert la puissance d' un mythe aussi puissant que celui de Cyrus Smith dans l' ile mystérieuse ou de Robinson Crusoé.
Il décide de refonder une société nouvelle dans un monde qui est à réinventer.J' ai parlé de conte philosophique ( et c' est comme ça qu' il faut voir le film) et je t' invite à lire l' excellente critique que Fatizo a mis en lien.L' auteur fait carrément allusion à Nietzche et à l' avènement d' un nouvel homme.
C' est de cela qu' il s' agit et le projet est ambitieux.Simplement le film glisse vers la comédie et Matt Ross, sans doute par modestie, relativise lui-même la portée de son oeuvre.
Mais son personnage de Ben reste bien présent dans notre esprit par la portée révolutionnaire de son attitude...bien plus révolutionnaire et subversive que le sympathique Keating des poètes disparus.
De même que les bolchéviques ont tenté de créer un nouvel homme issu de la révolution,l' homo sovieticus, Ben va tenter un pari fou avec ses enfants.
Bonne fin de soirée l' amie
PS: par ailleurs, et en marge de ce film, il y a dans ma région de plus en plus de parents issus de classes plutôt favorisées, à fort capital culturel, qui sont tentés par l' envie de soustraire leurs enfants à notre système éducatif.Bien évidemment, ils commettent une erreur grossière car en général ils n' ont pas le millième des talents que possède Ben pour se lancer dans une telle aventure.Tout ce qu' ils risquent c' est de faire de leurs enfants des futurs inadaptés sociaux...

fatizo 27/12/2016 20:54

Un collègue l'a vu et a été déçu. J'ai failli y aller mais il faut faire des choix.
Je vais peut-être allé le voir ce week-end. Il est encore à l'affiche.
En voici une critique sur un blog que j'apprécie tout particulièrement.
http://marlasmovies.blogspot.fr/2016/10/captain-fantastic-avec-viggo-mortensen.html
Bonne soirée l'ami.

alea-jacta-est 27/12/2016 21:43

C' est un film qui peut laisser indifférent si on n' est pas interessé par la problématique qu' il aborde mais moi je l' ai trouvé passionnant.
Parlons d' éducation, et bien là, pour le coup on en parle...et ça va bien plus loin que le cercle des poètes disparus.ici c' est une éducation qui se base sur la connaissance ,sur la vérité qu' impose la nature,une éducation qui ne se soumet pas aux lois du marché et qui est profondément subversive...dérangeante.
Ben n' est pas un naïf et ses enfants abordent sans hypocrisie, de manière naturelle et sans faux fuyants les thèmes les plus dérangeants qui soient ( sexualité, maladie, etc...)
Même si j' ai été parfois agacé par le jusqueboutisme de Ben,ou son côté "je sais tout sur tout", je dois reconnaître que son personnage est parfaitement crédible dans l' esprit et finalement cohérent.Ben commence à commettre des erreurs ( ou des entorses à sa morale) quand il se refrotte au monde moderne mais comme il est intelligent il s' en rend compte.
C' est marrant car cette critique que tu mets en lien illustre parfaitement les réserves qu' émettront certains et dont je parle dans mon billet.
Mais l' auteur de la critique et moi-même affirmons que Matt Ross pose les bonnes questions.
C' est déjà pas si mal, et Ross propose une fin assez subtile et qui reste ouverte...On comprend au moins 2 choses.Ben renonce à isoler ses enfants du monde qui les entoure...et on sent qu' il ne renonce EN RIEN à son idéal éducatif...c' est le compromis intelligent dont je parle dans mon billet.
Il y aurait tant à dire sur ce film.
Quant à la première partie du film, celle d' avant le décès de la mère et de la vie de la communauté dans les rovcheuses, elle aurait pu donner lieu à une série d' au moins 12 épisodes...LES AVENTURES DE LA FAMILLE CASH
Bonne fin de journée l' ami

L. Hatem 27/12/2016 09:12

J'ai adoré...
Mais je me suis posé des questions :
- peut-on soustraire ses enfants à l'école aux USA, en France ?
- s'il ne travaillait pas, d'où il sortait l'argent ?

alea-jacta-est 27/12/2016 17:22

Oui mais les sectes doivent donner des garanties à l' Etat que les enfants reçoivent une instruction basique dont doit bénéficier tout citoyen américain.
La scène du contrôle policier est assez drôle car les enfants utilisent ce fait pour mystifier le flic.
En ce qui concerne l' argent, d' une part la consommation de la famille se réduit au strict minimum.On peut imaginer que Ben dispose d' un petit pécule qu' il gère de manière judicieuse.On voit aussi à un moment donné du film une forme de vente de produits artisanaux fabriqués par les membres de la famille aux habitants qui vivent un peu éloignés dans les parages de cette région des rocheuses...

L. Hatem 27/12/2016 09:20

Aux USA apparemment oui car j'ai une connaissance qui a sustrait ses enfants à l'enseignement classique au Etats Unis après sa conversion à une secte...