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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 10:52

Bonjour les amis,

Suite à mon article d' hier j' ai reçu une longue réponse de mon ami patron d' une PME travaillant pour plus de 90% à l' exportation dans un domaine assez pointu et concurrencé.

Je vous livre donc sa réponse, et vous pouvez bien évidemment en commenter le contenu et

je vous incite même à le faire, histoire d' enrichir le débat.

Simplement je ne répondrai pas aux com' s car je ne peux pas quand même pas le faire à sa place...

Voici donc sa réponse ( j' ai simplement enlevé certains noms précis  par discrétion pour les intéressés):

 

Me revoilà l' ami.

Je viens de me mettre à jour avec la lecture de l’article sur le « décrochage de la France » et les échanges que vous avez eu sur ce sujet.

Je ne revendique pas non plus de mon côté une véritable expertise économique. Simplement quelques convictions (fortes !) liées à l’observation du fonctionnement économique de la planète et de son évolution sur plus de 30 ans de vie professionnelle, en particulier en tant qu’entrepreneur depuis près de 10 ans, qui plus est  pour une entreprise dont la survie ne dépend que de son positionnement à l’international.

En ce qui concerne les écarts constatés avec l’Allemagne, Je pense qu’il faut effectivement distinguer les causes majeures et les  éléments aggravants, comme le souligne assez bien l’article de JF Pelletier. C’est cette distinction qui fait souvent défaut dans les débats (cf vos échanges avec Rosemar)

 

Le goût pour l’innovation et la présence à l’international font partie des causes majeures. JF Pelletier développe assez bien ce phénomène avec notamment une présence d‘experts allemands dans tous les domaines auprès des pays en développement, expertise qui ouvrira forcément les portes aux entreprises qui vont ensuite exporter. Nous les avons aussi ces experts en France. Pourquoi ne sont-ils pas sur ce marché. Pas plus tard que le mois dernier, j’ai échangé avec  X. Il est professeur chercheur à l’université de Y dans le domaine de l’urbanisme. Il dirige une équipe de plus de 20 personnes (enseignants et élèves chercheurs). Je ne doute pas qu’on ce genre de département existe dans plusieurs universités françaises et donc au bout du compte, ça fait un paquet d’experts qui cherchent dans un domaine finalement assez spécifique .  Mais à la question qui m’est venue rapidement de savoir à qui profitait tout ce travail (couteux !), j’ai eu une réponse assez vague qui m’a laissé un peu sur ma faim. Or, on pourrait penser que ces questions d’urbanisme ont un caractère universel pour lequel ce genre d’expertise est exportable, non ? choix politique possible , non ?

 

Dans les causes ,sinon mineures, mais en tout cas plus secondaires, on va effectivement trouver les écarts de compétitivité mainte fois commentés (charges sociales, cout main d’œuvre , etc…) sur lesquelles je ne reviendrai pas. On peut également mettre dans cette catégorie les incitations qui sont également dans les mains du monde politique et du pouvoir de l’état, à travers divers forme d’aide et de loi.

Incitation à la recherche, à l’exportation. Loi en faveur de la participation des salariés aux résultats de l’entreprise ou de leur contribution à l’innovation comme mentionné dans l’article.

 

On voit bien que dans les 2 catégories, le rôle des  politiques et les options prises sur le long terme sont importants. Ils ont là un vrai pouvoir d’agir sur l’avenir d’un pays. Il faut juste , comme souvent dans ces cas-là, une vraie vision , un courage politique et ….une certaine distance par rapport aux préoccupations électorales qui nous pourrissent , en France en particulier, la vie au quotidien.

 

Mais en dehors de ces éléments d’ordre politique, il ne faut pas exonérer le chef d’entreprise de ses propres responsabilités :

·         Il a le devoir de donner à la recherche et l’innovation la place qui leur revient, même si il juge les aides de l’état insuffisantes.

·          Il a le pouvoir de récompenser significativement les employés qui trouvent et innovent.

·         Il a le pouvoir de faire profiter le personnel de la réussite de l’entreprise si celle-ci est au RDV.

 

Ces points sont trop souvent considérés comme optionnels en France par les chefs d’entreprise alors qu’il s’agit là de leviers majeurs dans le développement et la pérennité de notre économie.

L’innovation, subventionnée ou pas,  est très souvent récompensées par un succès sur les marchés , j’ai des exemples personnels. La participation financière du personnel au succès de l’entreprise est immédiatement récompensés par une meilleure productivité et l’adhésion au projet global du chef d’entreprise et , là aussi, j’ai des exemples personnels.

 

Je terminerai sur un exemple précis pour illustrer à la fois le pouvoir respectif du chef d’entreprise et le rôle de l’état pour infléchir significativement la tendance dans un des domaines cités.

 

Je crois que c’est De Gaulle (Charles de son prénom) qui avait instauré sous forme de loi la « participation financière des salariés » aux résultats de l’entreprise. Il s’agissait, par un calcul assez compliqué déjà à l’époque, de redistribuer une partie des bénéfices de l’entreprise aux salariés. Bien entendu, le système a été décrié en son temps par la majorité des entreprises avec le soucis de trouver rapidement des parades pour minimiser les effets de cette loi « anticapitaliste ».

Depuis, le système a fait son chemin et les entrepreneurs les plus lucides ont vite compris le caractère motivant que pouvait avoir ce dispositif de complément de salaire. Sans entrer dans le détail des modalités de calcul, disons simplement qu’il permettait de distribuer 100 dans les poches du salarié pour un cout de 100 pour l’entreprise. En gros, pas de charges sociales et pas d’impôts pour cette « cerise sur le gâteau » qui pouvait prendre des proportions plus que significatives. Pour mémoire, je rappelle ici que , en ce qui concerne les salaires nous étions dans les années 70  à une dépense de 125 pour l’entreprise pour un net de 90 pour les employés (avant impôts) et que nous sommes aujourd’hui dans un rapport affolant de 145 / 78 !!!!.

Plus que jamais, « la participation » s’avére donc être un outil particulièrement intéressant qui combine la volonté du chef d’entreprise et une démarche incitative de l’état. Je l’ai moi-même développé à plusieurs reprises, y compris évidemment chez PMX où j’ai certaines années distribué des sommes plus que significatives qui ont évidemment produit leur effet motivant au fil du temps.

Seulement voilà, c’était trop beau et l’état, dans sa quête d’argent « au plus simple » a progressivement rogné sur cet avantage qui profitait à tous et à l’économie en général et nous sommes maintenant dans un rapport 120 / 90 (au lieu des 100 / 100 d’origine) pour cette forme d’intéressement. Nous nous rapprochons donc progressivement du système en place pour les salaires jusqu’à tuer très probablement à terme cet belle idée de participation .

 

J’aime bien cet exemple qui  résume assez bien le rôle amplificateur que peut avoir l’état à partir du moment où  la volonté d’entreprendre est là …où l’inverse .

 

La poule et l’œuf …on n’en sort pas finalement

 

Voilà donc ma contribution du jour.

A bientôt l’ami et au plaisir de te lire

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Published by alea-jacta-est
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commentaires

Lapin37 01/09/2014 19:41


Bonjour tous, AJE, le sujet est trop vaste pour que j'en fasse le tour ! je crois que nous avons eu un changement total d'état d'esprit, c'est tout au moins l'impression que j'ai eu, et je suis
une babyboomer ! c'est surtout quand les parents d'élèves ont commencé, dans les années 90, à soutenir les mauvais résultats de leurs enfants en affirmant "mais il a fait ses 6 heures !", j'ai
été élevée avec "il faut faire son travail !" et leur état d'esprit je le retrouve chez beaucoup pour leur propre travail !


Le changement aussi ce fut l'explosion de la cupidité des très riches qui sont dans l'accumulation des richesses PLUS "avoir plus que les autres". Et la cupidité touche maintenant les
politiciens, on n'est plus dans une gestion raisonnée, on est dans ... le n'importe quoi !


Quand j'étais très jeune ! je voyais les dirigeants comme des personnes d'une intelligence exceptionnelle et je me rends compte que c'est faux !  par contre ils sont d'une suffisance
exceptionnelle qui les fait faire n'importe quoi ! même moi, qui ne suis pas dans une entreprise, (mais mariée à un chef comptable) je vois leurs bourdes et leurs mensonges ! Franchement qui peut
croire qu'un politicien va être ministre du travail, puis de la police, puis de sport puis ... (j'exagère à peine !) alors comment pourrait-il comprendre ce qu'explique clairement cet
entrepreneur et en tenir compte ! Cette lettre demande à réfléchir avec une vision globale !


Quant à De Gaulle ... on pouvait ne pas l'aimer mais on est obligé de reconnaître qu'il avait du bon sens et de la logique ! et cette "participation" était une de ces idées à la fois généreuses
mais de bon sens ! dommage qu'elle dégénère !


Je suis très pessimiste quant à l'avenir du pays, nous ne sommes pas seuls au monde et il y a longtemps qu'on n'a plus les moyens de jouer les riches dépensiers à tout va ! et je souhaite
beaucoup de courage à cet entrepreneur !


En passant, j'avais un grand respect pour De Gaulle, l'homme et la fonction, mais pour Hollande mon respect va à la fonction.


Bonne soirée, bises à tous ! j'arrête parce que ce sujet m'énerve vraiment  ;-)))

alea-jacta-est 01/09/2014 22:34



Bonsoir Lapine,


Je crois que nous avons tous un peu perdu le nord à partir des années 80 à l' époque où la bourse était euphorique et où les richesses pouvaient se créer très rapidement.La fameuse expression" si
t' as pas une rolex avant 30 ans t' as raté ta vie"...C' est l' époque où une certaine catégorie de patrons, pas les meilleurs, sont devenus très médiatiques( le plus emblématique étant notre
nanard national).Tous ces gens-là, assez insensés et ayant perdu le sens de la mesure ont fait beaucoup de mal à notre société, à ses valeurs( argent fruit du travail) et n' ont pas permis l'
émergence du capitalisme-association que voulait de Gaulle et que mon ami ( qui vit pas très loin de chez toi car c' est lui qui m' a reçu recemment) a essayé de mettre en pratique à un moment
donné au niveau de son entreprise.


Sarko a été la cerise sur la gâteau car il a amené cet état d' esprit dans la politique, une espèce d' américanisation pas du tout dans l' esprit ni dans la culture politique européenne, avec le
succès que l' on connaît.


Bref,tout est à reconstruire et la politique doit retrouver peu à peu ses lettres de noblesse.Elle doit démontrer qu' elle a encore une prise sur l' économie car là aussi le doute s' installe: le
meilleur exemple est le cas de la Belgique qui a continué plus d' un an sans gouvernement ( simple gestion des affaires courantes) et personne ne s' en est rendu franchement compte...ni mieux ,
ni pire...


Bonne fin de soirée Lapine 



Fatizo2 31/08/2014 12:52


Tout comme toi, j'aime me servir du football, pour esayer de comprendre le fonctionnement de notre monde.


J'en ai un peu marre qu'on compare sans arrêt les modèles de chaque pays sachant qu'on ne peut appliquer ce qui se passe dans un pays à un autre. 


L'histoire, la culture, le caractère, tout ce qui fait une Nation et un peuple, ne peut être balayer d'un seul coup .


Je ne pense pas qu'il faille continuellement chercher à copier ce qui se fait ailleurs, mais plutôt retrouver de l'imagination et du courage avec ce qui constinue l'originalité française .


Lorsque le Brésil copie le football européen il devient inregardable. Le football allemand a su évoluer, non pas en copiant tel ou tel modèle, mais en sachant inclure dans sa sélection les
nouvelles forces qui venaient de l'immigration.


C'est ce que doit faire la France pour réussir économiquement, donner l'envie et le courage, mais surement pas en copiant le voisin .


En 2007 un candidat nous disait qu'il fallait faire un pays de "propriétaires" et copier ainsi le modèle américain et espagnol. Heureusemant pour nos compatriotes, la bulle immobilière est
arrivée avant qu'il ait pu mettre dans la panade des millions de français. 4 ans plus tard il ne jurait plus que par le modèle allemand.


Devons-nous nous comporter en girouette qui ne font que copier sur le voisin qui a la meileure note du moment ou devons-nous plutôt nous mettre au travail en cherchant à innover, à créer?


Oui, il faut aider les chercheurs, les aider financièrement pour développer de nouvelles technologies, notamment dans l'énergie, les modes de transport écologiques et que ne sais-je encore. 


Mais pour cela il faut un grand capitaine, ou un grand sélectionneur, ou les deux .


Un Kopa, un Platini, un Zidane, .....ou un De Gaulle


Il manque juste une voix pour emmener les français derrière lui, et cette voix ne peut venir que de chez nous.


Et n'oublions pas qu'il faut donner pour recevoir, cela est valable pour les patrons et les salariés. Après la guerre le CNR a beaucoup donné au peuple, et celui-ci en échange a beaucoup donné
pour reconstruire le pays.


Qui veut donner aujourd'hui ?


Les grands patrons? On sait ce que De Gaulle a toujours pensé d'eux (la France trahi par ses élites, pas vu beaucoup de patrons à Londres) . 


C'est avant tout au grand patronnat que les petits patrons devraient s'en prendre. De Gaulle l'avait compris.


Bon dimanche AJE


 


 

alea-jacta-est 31/08/2014 14:11



Continuons dans la métaphore...Décidément le thème est riche !


Il ne s'agit pas de copier son adversaire mais si c' était une partie de foot je dirai qu' on a un trou dans la défense, et qu' il s' agit d' opérer rapidement les changements nécessaires comme
le ferait tout bon entraîneur pour éviter que des petits malins me remettent le même but tous les 1/4 d' heure...c' est comme ça que je comprends l' article de Pelletier.


Bon dimanche