Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 00:43

Bonjour les amis,

Je viens de voir The Birth of a Nation le film de Nate Parker, après avoir pris connaissance de cet article de notre ami Fatizo que je vous invite à lire ci-dessous.

"The Birth of a Nation" de Nate Parker...lourd de chez lourd....

Je suis assez d' accord avec les très sérieuses réserves émises par Fatizo, et je vais juste en confirmer certaines et ajouter un certain nombre de remarques personnelles.

Parlons du thème d' abord.

Alors là, comme disent les espagnols, " llueve sobre mojado"...il pleut sur un sol déjà mouillé ( et donc saturé).En effet, des films qui dénoncent l' esclavage des afro-américains, on en a déjà vu plusieurs ces derniers temps dont les fameux 12 ans d' esclavage ou Django ( excellents tous les deux).

Je ne veux pas dire par là que la coupe est un peu pleine mais on est, à la base, un peu saturé...avec l' impression qu' on a affaire à un cinéma qui commence à tourner en rond et qui réactive aussi de vieilles rancoeurs ( même si elles sont parfaitement légitimes).

Mais revenons au film de Parker.

C' est lui-même qui a tenu à interpréter le rôle, et là, il est difficile de ne pas y voir une forme de narcissisme et d' égolâtrie, en se mettant en scène lui-même en victime sacrificielle du colonialisme monstrueux des blancs.On sent qu' il est bien trop heureux d' endosser ce rôle qui lui permet de se mettre en valeur et de projeter à l' écran une rage qu' il porte en lui-même ( tout en se protégeant derrière l' alibi de l' acteur qui interprète un personnage).Il traite les événements qu' il relate comme si il avait un compte personnel à régler et qu' il voulait lui-même cracher sa rage et venger ses ancêtres.

N.B: Autant vous avertir tout de suite que sur la version française, ils ont eu l' idée saugrenue de faire appel au rappeur Abd Al Malik pour doubler la voix de Parker, et malheureusement ça s' entend !!! On a envie d' éclater de rire dés qu' on entend notre Nate Turner qui semble sorti d' un quartier de Saint-Ouen ou de Saint-Denis...Tout simplement ridicule d' affubler d' un tel accent un noir-américain du XIX ème siècle ! Turner qui parle comme un rappeur parigot ou comme Jawad, vous vous souvenez, le mec qui voulait rendre service ! Ça ne passe pas du tout !...mais vraiment pas ! Tout aussi ridicule qui si Turner parlait avec l' accent québécois.Je vous conseille donc très vivement de voir le film en VOST.

Bon, revenons à Nate Parker qui en fait des tonnes, qui tire sur la corde mélo à fond, qui rajoute des épisodes qu' il invente (comme le  viol de l' épouse de Turner) pour rendre le personnage encore plus pathétique.

Rien ne nous est épargné...du sang, de la sueur, beaucoup de souffrances et des larmes !

Là, il faut être clair.Je ne dis pas que ce qui est dénoncé ne s' est pas produit.Je n' en doute pas une seule seconde...Simplement, cette complaisance de la caméra, qui s' attarde, qui se repaît du sadisme des Blancs, et bien on sature un peu...Et après avoir vu 12 ans d' esclavage, on a envie de s' exclamer:

" Ok Coco...Tu nous sers autre chose parce que celle-là on nous l' a déjà faite, et plutôt mieux que toi..."

Alors, il y a quand même un aspect original à cette histoire qui mérite d' être connue.C' est que le héros se croit guidé par Dieu, et qu' il trouve dans la Bible des passages qui vont justifier ses expéditions punitives sanglantes.On a affaire à un Spartacus sanguinaire qui brandit la Bible ! Pas banal !

Donc notre héros se convertit peu à peu en un illuminé...Et partir de là, le spectateur décroche.Il n' y a plus vraiment d' empathie avec Nate Turner.On comprend bien son désir de vengeance par rapport à toutes les horreurs qu' il a subies,  sa soif de liberté aussi, et son désir de s' affranchir définitivement du joug imposé par les blancs, mais on ne s' identifie plus du tout à la manière à la fois religieusement dévoyée et très violente qu' il a d' orienter sa révolte.

Du coup, on l' observe un peu comme une curiosité historique atypique pendant que notre Nate Parker,lui, continue de croire en son héros, et continue  de l' interpréter en en faisant des tonnes...jusqu' à une scène finale dont le symbolisme simpliste prête ( malheureusement) à rire.

On aborde la dernière demi-heure du film dans une ambiance de boucherie pleine d' hémoglobine avec une folle envie que ça finisse vite...pendant que Nate Parker, lui, continue de se prendre pour un nouveau messie noir recrucifié ( ici, il est plutôt pendu...avec, encore une fois, une caméra qui s' attarde très très lourdement sur la pendaison filmée au ralenti).

Alors, on ne peut s' empêcher de se demander où Nate Parker  a voulu en venir avec son film.

Dénoncer les horreurs de l' esclavagisme ? Ok, mais ça a été fait avant lui et plutôt mieux que lui...

Cette histoire de prophète qui croit trouver dans la Bible une justification à ses expéditions punitives, quel message porte t' elle ?...Bin,aucune lecture moderne n' est satisfaisante...Les terroristes d' aujourd' hui justement s' inspirent de certains de textes sacrés pour faire couler le sang de manière complètement absurde...

Par ailleurs, si le désir de témoigner d' épisodes réels qui se sont malheureusement produits est LOUABLE ( le fameux DEVOIR DE MÉMOIRE), il y a dans le traitement cinématographique manichéen de Parker comme un désir de réalimenter chez les jeunes le traumatisme créé par l' esclavage.

C' est le genre de film MALSAIN à créer des syndromes post-traumatiques.Vous savez, comme les enfants de juifs qui n' ont pas connu la déportation mais qui l' ont revécu à travers les témoignages de parents.Parker est-il victime lui-même de ce type de syndrome ? On peut se poser la question...

Donc devoir de mémoire OUI...réactiver les rancoeurs inter-ethniques, NON...

Et avec Nate Parker, je suis dans le flou...J' ai du mal à le situer.Il remercie dans le générique de fin du film Spike Lee qui est lui-aussi un metteur en scène ( arrogant, surcoté et suffisant) aux motivations ambigües.

Le film 12 ans d' esclavage n' est pas spécialement complaisant avec les Blancs mais il passe bien. On accepte ce portrait peu flatteur pour nous,mais avec The Birth of a Nation ça coince...Too much is too much!

Moi, j' ai déjà entendu des afro-américains qui disent en avoir marre de ces jeunes artistes noirs révoltés et rebelles qui veulent tout le temps relancer un peu la bagarre comme à l' époque des Blacks Panthers et qui disent qu' il faut savoir aussi tourner la page à un moment donné et regarder l' avenir ensemble.

Alors, pour ne pas tirer davantage sur l' ambulance, reconnaissons quelques qualités à ce film.

1. Il relate des faits historiques qu' il est toujours bon de connaître.L' un des moments VRAIMENT forts du film  est la répression qui a suivi les équipées sanguinaires de Turner, avec des exécutions sommaires et des arbres aux pendus un peu partout dans le pays.Très bien filmé en utilisant la chanson de Billie Holliday " Strange fruits" dont je vous ai déjà parlé...Rien que pour ce passage  le film mérite d' être vu.

2. Les paysages du Sud avec de magnifiques eucalyptus baignés dans une douce lumière sont somptueux et les décors sont très réalistes et très soignés.On y est et on se sent vraiment plongé dans le Sud profond...

3. Une superbe photo...merci au directeur de la photographie qui m' a permis de ne pas trop me faire c...Il y a une très belle photo, entre autres, le soir de la nuit de noces avec la femme de Turner qui est très belle.

4. Certains personnages secondaires sont intéressants.Tous les Blancs ne sont pas mis dans le même panier.Le maître de Nate Turner est un personnage humain, nuancé, qui sombre peu à peu dans la dépression et l' alcool...La mère du maître aussi apporte une touche d' humanité chez les Blancs.

Le régisseur noir qui s' oppose à la folie de Turner amène un peu de bon sens .

Ce film aurait pu être un grand film si Parker n' avait pas voulu être aussi démonstratif, aussi prévisible, aussi conventionnel.A vouloir en faire trop, et sans aucune finesse,son projet perd beaucoup de son impact.

Rappelons la phrase de Kurosawa à qui un journaliste lui demandait quel était le message de son dernier film, et qui avait répondu:

" Quand je veux faire passer un message je fais appel au facteur..."

Et oui, le cinéma c' est de l'art avant tout, et trop d' intentions directes et démonstratives peuvent le tuer...ou le rendre si prévisible qu' il en devient ridicule ou ennuyeux.

Repost 0