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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 07:43

Bonjour les amis,

Au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, la mort  des êtres proches nous frappe tous de manière singulière, aléatoire et chacun essaie de les appréhender, de vivre sa solitude, en gardant un sens à sa propre vie.

E la nave và...le navire de la vie continue.

Aujourd' hui, je viens de lire dans EL PAIS un court billet de Fernando Savater ( un philosophe espagnol que j' aime beaucoup) qui est particulièrement sombre, un billet écrit pour le deuxième anniversaire de la disparition de son épouse.

On pouvait s' attendre à ce que philosophe armé de sa seule sagesse acquise au cours d' une longue vie accepte de manière stoïque les durs aléas du destin.Mais son billet paru aujourd' hui a une autre teneur.

Le voici d' abord en espagnol, suivi d' une traduction que j' ai faite en français, assez imparfaite, mais qui en résume le contenu.

 

De Emanuel Swedenborg, al que Kant llamó “visionario”, cuenta Borges que “hablaba con los ángeles por las calles de Londres”. Aunque fue un científico notable (hizo los planos de un avión y un submarino, descubrió el funcionamiento de las glándulas endocrinas, lanzó la hipótesis de la formación nebulosa del Sistema Solar, etcétera...), su verdadera especialidad fue el Mas Allá, la posvida en el Cielo y el Infierno. Explicó que al comienzo los condenados no son conscientes de su muerte y creen que continúan en su esfera cotidiana: les rodean los muebles y utensilios familiares, los paisajes conocidos. Poco a poco, van produciéndose desapariciones —la butaca favorita, el piano, una ventana, las flores del jardín...— y luego surgen en lugar de lo desvanecido formas equivocadas o amenazadoras. Por fin se dan cuenta de que no están en casa sino en el Infierno y empieza su eterna condena.

Creo poder confirmar esta tesis de Swedenborg. Hace tiempo que las cosas de mi mundo se van difuminando, pierden sustancia. Los libros siguen presentes y tentadores, pero al abrirlos algo ha drenado su savia hasta dejarlos huecos, exánimes. Las películas nuevas son peores que las antiguas, las antiguas peores de lo que las recordaba: sentado ante el televisor con desasosiego ya no siento la expectativa feliz porque ahora nadie apoya sus pies en mi regazo. Se fue el disfrute... Y los sitios que recorrimos juntos están hoy cubiertos de sudarios, como esas sábanas que tapan las formas incómodas de los muebles en una casa abandonada. Los platos más sabrosos, crujientes, aromáticos... comienzan a deleitarme la boca pero luego adquieren insipidez y amargura de ceniza. Llega el infierno y se revela mi condena, la más atroz: creer que estoy vivo y que es ella la que ha muerto. Hoy hace ya dos años.

D' Emanuel Swedenborg, que Kant appella le «visionnaire», Borges raconte qu' il « parlait avec les anges dans les rues de Londres." Bien qu'il fut un scientifique remarquable (il a imaginé des plans d'un avion et d' un sous-marin,  découvert le fonctionnement des glandes endocrines,  lancé l'hypothèse de la nébuleuse formation du système solaire, etc ...), sa vraie spécialité était l'au-delà, et la post-vie au ciel et en enfer. Il a expliqué que les condamnés commencent par ne pas être conscients de leur mort et continuent de croire en leur sphère quotidienne: les meubles autour d'eux et les ustensiles de la famille, des paysages connus. Peu à peu, ils se produit des disparitions: la chaise préférée, le piano, la fenêtre, les fleurs de jardin ...- puis émergent plutôt que des dissipations des formes fausses ou menaçantes . Enfin, ils se rendent compte qu'ils ne sont pas à la maison, mais en enfer et commence leur damnation éternelle.

Je pense que je peux confirmer cette thèse Swedenborg. Ça fait longtemps que les choses de mon monde sont devenues floues, perdent de leur substance. Les livres sont toujours présents et tentants, mais lorsqu'ils sont ouverts quelque chose a drainé leur sève jusqu'à ce qu'ils ne deviennent creux, sans vie. Les nouveaux films sont pires que les anciens, et les anciens pires que le souvenir que j' en gardais: regarder la télévision en ne ressentant plus l'anticipation heureuse de ta présence à mes côtés me met mal à l' aise. Le plaisir s' en est allé ... Et nous avons marché ensemble dans des sites qui sont maintenant couverts  de linceuls, comme ces draps qui couvrent les formes encombrantes de meubles dans une maison abandonnée. Le plus savoureux, croustillant, aromatique des plats commence par ravir le palais puis acquiert la fadeur et l'amertume de cendres.Mon enfer est arrivé et ma condamnation la plus atroce est révélée: je crois que je suis en vie et que c'est elle qui est morte. Aujourd'hui, il y a deux ans.

Quand la sève se retire de l' arbre...

Savater reprend la métaphore de Swedenborg pour nous peindre une vision cauchemardesque de l' absence de l' autre et de la solitude.

Chacun a sa propre histoire, et j' espère que la mienne ne se paraîtra jamais à celle-ci, que je ne connaitrai jamais ce sentiment de dévastation.

Le souvenir des être aimés et perdus m' alimente encore, me réchauffe le coeur, m' aide à vivre.

Et j' espère rester vivant jusqu' à la dernière seconde.

Il paraît que François Mitterrand, déjà très malade, aimait se promener en respirant profondément l' air frais des matins clairs, en s' exclamant: " Que c'est bon ! "

Cette semaine, j' ai appris la disparition du père d' une de mes amies, à l' âge de 93 ans, sur son motoculteur.

Vous imaginez ça ? mourir en cultivant la Terre...Quel don du ciel !...Quelle bénédiction..! 

Ce monsieur avait connu la douleur de perdre son épouse quelques années auparavant, mais il a continué à travailler la terre.Et si c' était lui le vrai philosophe ?

 

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Published by alea-jacta-est - dans mort philosophie douleur
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 11:19

Bonjour les amis,

Ma chatte Mishina a disparu depuis cinq jours, et je suis un peu triste car j' ai toutes les raisons de penser qu' à l' heure où j' écris ces lignes elle ne fait probablement plus partie de notre monde.

Tout a commencé la semaine dernière.Je la trouvais bizarre.Elle ne s' alimentait presque plus ( un  seul repas sur 3 ou 4) mais je m' en inquiétais pas trop car je me disais que lorsqu' un animal ne se sent pas bien il préfère rester à jeun jusqu' à ce que les choses aillent un peu mieux.

Elle ne se plaignait pas,ne miaulait pas...elle préférait rester silencieusement dans sa niche.

Et puis samedi dernier, elle a disparu...définitivement.

Mishina est apparue dans ma vie il y une dizaine d' années.Elle avait été abandonnée par des indélicats dans mon jardin en compagnie d' un autre chaton mâle.Tous les deux, Mishina et Balou, étaient à peine sevrés.

Quelques années plus tard viendra s' adjoindre à mes deux locataires Gaïa, une magnifique siamoise très joueuse que j' ai repoussé pendant quelques jours pour finalement l' adopter également.

Balou est devenu plus tard un mâle allant et venant à sa guise et réapparaissant surtout lorsqu' il a faim.Il peut me rendre visite tous les jours ou rester absent pendant des semaines,et je ne m' en inquiète pas car je sais qu' il va toujours revenir à un moment donné.

Par contre, avec Mishina c' était différent.Elle passait le plus clair de son temps sur notre terrasse et défendait farouchement son territoire.Elle ne se laissait pas impressionner par d' éventuels importuns comme, par exemple, les chiens de nos amis venus nous rendre visite. Mishina n' était pas agressive mais savait défendre son espace.Elle ne reculait pas et indiquait clairement à l' intrus qu' il n' était pas le bienvenu.

Plus tard, quand nous avons intégré à notre maisonnée un jeune chien un peu tout feu tout flammes qui n' arrêtait pas de la harceler, elle a toujours su le maintenir à distance en lui balançant des coups de pattes suffisemment bien dosés pour l' écarter sans lui infliger de vraies blessures.

 

 

Mishina dormant au premier plan...en compagnie de Gaïa

Mishina dormant au premier plan...en compagnie de Gaïa

Sa disparition me laisse dans un état de profonde perplexité car j' ai l' impression d' être complètement passé à côté de ce qui lui arrivait.Mishina était probablement en train de mourir et je ne m' en suis même pas rendu compte.

Comme elle ne s' éloignait jamais très longtemps ni très loin de la maison, je déduis donc de sa disparition prolongée qu' elle est allée mourir discrètement dans un recoin que j' ignore.J' ai déjà fait plusieurs fois le tour du quartier à sa recherche,exploré des parcelles encore sans constructions, mais en vain...J' ai parlé avec les voisins...passé une petite annonce...rien...

Mishina vient de tirer sa révérence d' une manière si discrète, si élégante que j' en suis troublé...Elle nous a épargné le spectacle d' une lente agonie.

Parfois le monde animal nous donne  des leçons d' humilité, d' élégance,d' abnégation et de modestie...Elle s' est retirée discrètement sur la pointe des pieds pour aller s' enfoncer définitivement dans la nuit des chats.

Il m' arrive de rêver d' elle encore...le matin je l' imagine passant entre mes jambes juste avant que je ne lui serve ses croquettes...

Sa façon de prendre congé de nous m' a renvoyé à certaines lectures de jeunesse de récits d' ethnologues qui racontaient que dans certaines tribus indiennes, les membres qui sentaient leur dernière heure arriver préfèraient se retirer seuls au fond des bois loin du regard de leurs proches.

C' était aussi le thème du film à la fois très dur et très poétique,LA BALADE DE NARAYAMA...La grand-mère qui demande à son fils d' aller l' abandonner sur la montagne.Quand le fils redescend tout seul, il se met à neiger et celui-ci pense que c' est un bon signal de bienvenue pour sa mère au royaume des esprits.

Revenons à Mishina. qui est partie comme elle est venue...sans prévenir.

Elle a conservé jusqu' au bout sa grande élégance, son caractère très serein,indépendant, mélancolique et  mystérieux.

Je garde en mémoire une scène très poétique presque magique que je regrette aujourd' hui de ne pas avoir photographié: Mishina étendant son corps de tout son long pour atteindre le robinet du jardin fixé à mi-hauteur sur le mur de cloture, maintenir sans difficulté son équilibre en pleine extension  et boire délicatement des gouttes d' eau qui étaient restées accrochées au robinet...Et ma mère qui me disait:

" Regarde...regarde ta chatte qui boit...comme elle est belle..."

 Un vrai moment de pure beauté...de temps arrêté...

 

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